Secrétaire général
Ban Ki-moon

Mes priorités
en tant que Secrétaire général des Nations Unies

Une ONU plus forte pour un monde meilleur

L’esprit dans lequel les dirigeants de la planète ont créé cette Organisation en 1945 et la vision qui était la leur sont pour moi un exemple dont je m’efforce de m’ inspirer chaque jour... La promesse des premières années de l’ONU, ainsi que les valeurs qu’elle incarnait alors, demeurent d’actualité 60 ans plus tard...

En près de 60 ans, l’ONU a montré à quoi elle pouvait servir :

  • Être un lieu d'échanges dont se dégage un programme pour l'humanité tout entière;
  • Trouver un consensus sur les questions qui divisent;
  • Fixer des normes de conduite pour les pays;
  • Servir d'intermédiaire objectif;
  • Séparer les parties qui se battent;
  • Aider à rendre justice aux victimes de la discrimination;
  • Apporter une aide humanitaire et donner accès à la nourriture, aux médicaments, à l’éducation et aux soins de santé;
  • Améliorer les conditions de vie et faire reculer la pauvreté;
  • Appliquer un programme de développement ambitieux.

Mes priorités

Paix et sécurité

Il nous faut absolument donner à l’ONU les moyens de jouer pleinement son rôle dans la prévention des conflits et dans le rétablissement, le maintien et la consolidation de la paix, qui s’inscrivent dans la même progression, et ce dans la cohérence et la discipline et en envisageant le tout de manière globale. Apprendre à mieux exercer la diplomatie préventive et apporter notre appui à des processus de paix viables, c’est nous permettre de trouver des solutions durables et d’être plus efficaces dans notre action face aux conflits.


Afrique

Environ 65 % du budget de maintien de la paix de l’ONU est consacré à l’Afrique. Mais, pour maîtriser le problème des conflits de ce continent, il faut s’attaquer à ses causes profondes. Il faut donc que le maintien de la paix soit assorti de processus politiques destinés à régler les conflits, et il faut accorder au développement un rang de priorité élevé afin d’implanter solidement une paix durable. Le Soudan requiert une attention particulière. Il faut accélérer l’application de l’accord de 2005 qui a mis fin à la longue guerre civile entre le nord et le sud, notamment en ce qui concerne la préparation des élections qui doivent avoir lieu en 2009. Pour mettre fin à la tragédie que traverse le Darfour, maintenant que le principe d’une force Union africaine-ONU a été accepté, nous devons installer rapidement des contingents sur place. Il faut que l’on s’attaque aux causes profondes du conflit et que les parties passent à la phase des pourparlers globaux. Le gouvernement soudanais, les groupes rebelles, la société civile et des pays de la région ont entamé des pourpalers de paix à Sirte, en Lybie pour tenter de parvenir à un accord de paix.

Moyen- Orient

La région est aussi complexe, fragile et dangereuse que jamais, et, pourtant, il s’offre des possibilités de réconciliation qui doivent être saisies. En ce qui concerne la profonde défiance que nourrissent les uns pour les autres les Palestiniens et les Israéliens et qui empêche tout véritable processus de paix, on peut espérer que les efforts déployés par l’ONU au sein du Quatuor et à l’appui de l’Initiative de paix arabe aideront à se rapprocher d’une paix juste, durable et globale. L’Iraq, lui, est le problème de toute la planète. Nous savons tous comment nous en sommes arrivés là, mais l’ONU peut jouer un rôle déterminant en élaborant un processus politique ouvert et propice à la réconciliation nationale, en aidant la région à évoluer vers une plus grande stabilité et en offrant une assistance humanitaire aux civils innocents, y compris les presque 4 millions de réfugiés et de déplacés iraquiens.


Non-prolifération et désarmement

Le risque de prolifération d’armes nucléaires ou autres nous menace comme une épée de Damoclès. Le Conseil de sécurité a pris des mesures importantes à la poursuite de l’objectif de la non-prolifération en Corée du Nord et en Iran. Dans le cas de la Corée, je suis personnellement engagé à faciliter le bon déroulement des pourparlers à six et à soutenir les efforts de dénucléarisation de la péninsule.


Développement

Il faut certes s’occuper des menaces qui pèsent sur la paix, mais je m’inquiète tout autant des hommes, des femmes et des enfants qui, de par le monde, doivent se donner un mal énorme pour joindre les deux bouts : il est intolérable que près d’un milliard de personnes vivent encore avec moins d’un dollar par jour. Les objectifs du Millénaire marquent la route vers un xxıe siècle prospère et technologiquement avancé, et aucun être humain ne devrait mourir de malnutrition ou d’une maladie évitable, ni être privé d’éducation ou de l’accès à des soins de santé de base. Le traitement et la prévention du VIH/sida, tout comme les soins et l’aide à fournir à ses victimes, peuvent être mis à la portée de tout le monde, et cette épidémie mortelle doit être jugulée. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour atteindre les objectifs du Millénaire, surtout en Afrique. Je mobiliserai les volontés politiques et je tiendrai les dirigeants comptables de leur engagement d’y consacrer des ressources suffisantes, ainsi que l’aide au développement voulue, et de corriger les disparités du système du commerce mondial qui paralysent tant de pays en développement.


Changement climatique

Si nous attachons la moindre importance au monde que nous laisserons aux prochaines générations, il est temps d’agir à l’échelle mondiale et avec détermination. L’ONU offre un lieu de rencontre naturel pour dégager un consensus et négocier les mesures à prendre à l’échelle mondiale. Tous les pays peuvent prendre des mesures utiles pour annuler leur effet net sur les émissions de dioxyde de carbone. La rencontre de haut niveau de septembre 2007 a poussé les dirigeants à commencer à penser à l’examen de la Convention-cadre des Nations Unies, en décembre 2007; elle a aussi fait comprendre qu’on ne peut plus faire comme si de rien n’était. La conférence de Bali doit être le point de départ de négociations pour remplacer les engagements pris dans le cadre du Protocole de Kyoto, qui doit expirer en 2012. Nous devons mobiliser la volonté politique du monde en développement et du monde industrialisé pour faire en sorte que les négociations aboutissent.


Droits de l’homme

Si la sécurité et le développement sont deux des pôles d’activité de l’ONU, les droits de l’homme sont le troisième. La promesse de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont le soixantième anniversaire tombe en 2008, doit continuer d’inspirer l’action menée sur le terrain. Le Conseil des droits de l’homme doit se montrer à la hauteur de sa mission de champion des droits de l’homme à travers le monde, sans défaillance et avec équité. Il ne faut pas que « plus jamais ça » soit une expression creuse. Je m’efforcerai de traduire en action le principe de la responsabilité de protéger les populations confrontées au génocide, au nettoyage ethnique ou à des crimes contre l’humanité.


Réforme de l’ONU

Efficacité et rationalisation doivent être les principes fondamentaux de l’action menée par l’Organisation pour relever les défis nouveaux. Il faut que nous simplifiions et rationalisions nos règles de fonctionnement, nos politiques et nos méthodes de travail et que nous mettions nos pratiques en conformité avec ce qui se fait de mieux dans les secteurs tant public que privé. La réforme est nécessaire parce que l’ONU et son personnel doivent collaborer avec toutes les parties concernées pour obtenir les moyens et l’appui nécessaires pour réaliser des réformes capitales en matière de gestion même si nous devons faire davantage avec moins de moyens. En faisant preuve des plus hautes qualités sur les plans de la déontologie, de l’intégrité et de la responsabilité effective, nous pouvons montrer que nous répondons pleinement de notre action devant tous les États Membres et devant le public mondial.

À problème mondial, solution mondiale. On ne peut plus faire cavalier seul. Certains diront que penser cela c’est voir la vie en rose — une illusion. Incorrigible optimiste que je suis, je pense que nous sommes revenus à notre point de départ, à ce moment de magie qui s’est produit à San Francisco il y a plus de 60 ans. L’ONU est plus sollicitée que jamais, et on en attend tellement que le risque de déception est élevé. Je ne crois pas aux miracles, mais j’ai foi en la solidarité humaine et en l’application au travail et je crois au progrès réalisé pas à pas. Par-dessus tout, ce qui m’intéresse, c’est les résultats, pas les belles paroles. Les buts et principes fondamentaux de cette Organisation sont exaltants et ils résistent au temps. À nous de renouveler notre promesse de nous en montrer dignes. Dans cette noble entreprise, mes partenaires sont les États Membres et la société civile. Leur volonté d’aboutir, leur action et leur persévérance sont les moteurs qui nous poussent vers la réalisation de l’idéal de 1945.